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Publié par Andreas N.

Velléda la Celte et Eudore le Grec

Velléda (ou Véléda) était une vierge prophétesse celte ou germanique du temps de l’Empereur romain Vespasien (Ier siècle de notre ère). Velléda veut dire « voyante, qui voit » en gaulois.

Buste de Vespasien, Musée archéologique national de Naples.

Buste de Vespasien, Musée archéologique national de Naples.

Velléda était de la nation des Bructères (peuple germanique) et exerçait une influence immense sur toutes les populations germaniques. Elle était considérée comme une déesse vivante, en communication constante avec les dieux.

L’historien Tacite (58 – 120 après JC) lui fait jouer un rôle très important dans le soulèvement des Bataves (autre peuple germanique) contre Vespasien en 70, mais on ne sait si elle prophétisa simplement la rébellion ou eut un rôle plus actif.

Neuf légions sous le commandement du général Mucien mirent fin à la rébellion. Le général Petilius Cerialis traita les rebelles avec clémence, et Velléda ne fut pas inquiétée.

Un bref extrait de Stace (poète latin du Ier siècle) permet d'établir que Velléda, prisonnière en 77 ou 78 du général romain Caius Rutilius Gallicus, fut conduite à Rome, où elle vécut, semble-t-il, quelques années. Une épigramme grecque retrouvée à Ardea, au sud de Rome, se moque de ses pouvoirs magiques.

Une légende reprenant cet épisode de sa vie circulait au xixème siècle dans la région de Mortain (Normandie). Elle a laissé son nom à un dolmen.

Anne-Louis Girodet, Portrait de Chateaubriand, Saint-Malo, musée d’Histoire de la Ville et du Pays Malouin.

Anne-Louis Girodet, Portrait de Chateaubriand, Saint-Malo, musée d’Histoire de la Ville et du Pays Malouin.

Les Martyrs

Puis, François-René de Chateaubriand (1768-1848) s'inspira du personnage de Velléda pour créer son héroïne des Martyrs. Velléda est alors une druidesse vierge de l'île de Sein (Bretagne), véritable symbole de la femme gauloise.

Velléda la Celte et Eudore le Grec

Les Martyrs est une épopée en prose et une œuvre apologétique (apologie de la révélation chrétienne) publiée en 1809. Elle met en scène Eudore, un Grec de confession chrétienne, détourné de sa mission par une druidesse d'Armorique, Velléda.

Ce roman se situe en Armorique, au IIIème siècle après JC.  Il tente de rapprocher deux moments historiques : le nouvel ordre social après la Révolution de 1789 et l’arrivée du christianisme au début de notre ère.  Chateaubriand souhaite ainsi concilier la liberté des individus héritée de l'Antiquité et les vertus sociales de la religion chrétienne.

Raphaël, Saint Paul prêchant à Athènes (1515). La transition vers le monothéisme en Grèce s'est faite de façon très progressive.

Raphaël, Saint Paul prêchant à Athènes (1515). La transition vers le monothéisme en Grèce s'est faite de façon très progressive.

Eudore, dernier descendant du stratège et héros grec Philipœmen, est un soldat de l'Empire romain sous Dioclétien. Il est né dans une famille chrétienne et vient d'Arcadie (Péloponnèse). Les cités grecques de l’empire romain connaissent alors une situation originale : les citoyennetés locales, fondement de l’activité politique quotidienne, coexistent avec la citoyenneté impériale. Ainsi, le Grec Eudore pouvait conduire des armées romaines.

Velléda la Celte et Eudore le Grec

Les douze premiers livres des Martyrs mettent en scène Eudore faisant le récit des premières années de sa vie. Il raconte un long voyage, dont les principales étapes sont Rome, les pays barbares du nord, l'Armorique, le désert d'Égypte et la Terre sainte.

Il rencontre alors Velléda, prêtresse gauloise dont l'ambition est d'exciter les guerriers barbares pour qu'ils s'affranchissent de la domination romaine. Eudore, commandant d'Armorique, surprend l'assemblée séditieuse et décide de prendre Velléda en otage dans son château pour éviter le conflit armé. La druidesse est emportée par une passion amoureuse que découvrent les Gaulois qui veulent se venger de cette atteinte à leur honneur et à leur religion. Les sentiments de Velléda pour Eudore lui coûtent la vie : soit l'amour consommé induit le châtiment mortel réservé aux prêtresses ayant rompu leurs vœux sacrés, soit l'amour inassouvi la tuera de chagrin. La druidesse empêche la bataille en se donnant pour seule coupable, et se tranche la gorge.

Hippolyte Maindron, "Velléda contemplant la demeure d’Eudore" (1844). Jardin du Luxembourg, Paris.

Hippolyte Maindron, "Velléda contemplant la demeure d’Eudore" (1844). Jardin du Luxembourg, Paris.

Eudore continue son cheminement spirituel qui l'amène au triomphe de la religion chrétienne. Cymodocée, une descendante d’Homère, tombe amoureuse du jeune héros chrétien au terme de son récit et décide d'embrasser sa religion pour l'épouser.

Peinture en grisé pour l'illustration des Martyrs, Eudore reconduit Cymodocée chez son père Demodocus (Livre 1)- tableau exposé à la Maison de Chateaubriand.

Peinture en grisé pour l'illustration des Martyrs, Eudore reconduit Cymodocée chez son père Demodocus (Livre 1)- tableau exposé à la Maison de Chateaubriand.

Les douze derniers livres des Martyrs exposent le triomphe de la chrétienté malgré les persécutions de Dioclétien. Mais, Cymodocée et Eudore meurent dans le cirque de Rome.

Eudore et Cymodocée au Cirque, gravure de 1863.

Eudore et Cymodocée au Cirque, gravure de 1863.

Sources

Photo en tête d'article : "Velléda", musée des Augustins (Toulouse), MARQUESTE Laurent-Honoré, 1877.

Les Martyrs (Chateaubriand) — Wikipédia (wikipedia.org)

Velléda (prophétesse) — Wikipédia (wikipedia.org)

 

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S
ai appris quelque chose ! merci
Répondre
A
J'apprends beaucoup moi-même en écrivant ces articles. A plus !