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Publié par Andreas N.

Le gallo-grec : de l’oral à l’écrit.

Dans l’antiquité, le gallo-grec est une écriture qui utilise l’alphabet grec pour transcrire la langue gauloise. Le gaulois ne possède alors pas son propre système d’écriture. Les sociétés celtiques privilégient en effet la transmission orale de leur culture.

Le monde grec au Vème siècle avant JC.

Le monde grec au Vème siècle avant JC.

Jusqu'à la fondation de Marseille (Massalia), l'usage de l'écriture était ignoré en Gaule. L'extrême réticence des Gaulois à l'égard de l'écriture apparaît même comme l'une de leurs spécificités. Alors que les populations italiques ou ibères se sont emparées de l'écriture dès leurs premiers contacts avec la civilisation phénicienne ou grecque, cela n'a pas été le cas pour les Gaulois.

Les druides, maîtres de l’enseignement du sacré, tenaient peut-être à conserver le secret de leur discipline en évitant une trop grande diffusion.

D’après Jules César, en Gaule, un interdit religieux frappait l’usage de l’écrit.

Les anciens druides.

Les anciens druides.

Cependant, à partir du IIème siècle avant JC, cette écriture fait son apparition dans la société gauloise. C'est d'abord dans le domaine profane, notamment dans le champ de l’économie privée et de l’économie politique, que l’usage de l’écrit a commencé à s'imposer.

Sites archéologiques du sud de la France.

Sites archéologiques du sud de la France.

Ainsi, des archéologues ont mis au jour, dans le sud de la France, ce qui semblerait être des mots en caractères grecs (inscriptions et graffites), inscrits sur des tombes (épitaphes), des poteries (marques de propriété) et même sur des pièces de monnaie. Mais on trouve aussi à Lattes (Hérault) deux abécédaires témoins de l'apprentissage de l'écriture. Cette écriture aurait permis au peuple gaulois de continuer à exister et à s'affirmer malgré la domination romaine et même lors de la christianisation du continent.

En Gaule centrale, l’emploi de cette écriture est plus discret mais perceptible notamment sur l’oppidum de Bibracte (Saône-et-Loire).

Les deux abécédaires trouvés à Lattes (Hérault).Les deux abécédaires trouvés à Lattes (Hérault).

Les deux abécédaires trouvés à Lattes (Hérault).

Tous ces graffites utilisent l’alphabet grec ionien normalisé de Massalia (Marseille). Le gaulois y trouve le stock nécessaire de voyelles et de consonnes mieux adaptées à sa phonétique que ne l’est l’alphabet semi-syllabique ibère. Le gallo-grec, qui transcrit la langue gauloise, se différencie nettement du grec transcrivant la langue grecque notamment par l’absence de certains signes inutiles et inutilisés (ζ, φ et ψ).

La ville de Martigues (Bouches-du-Rhône).

La ville de Martigues (Bouches-du-Rhône).

L’inscription la plus ancienne se trouve sous le pied d’une coupe archaïque de la deuxième moitié du IIIème siècle avant JC, recueillie dans la couche de destruction du village de l’Île à Martigues. Elle porte le nom de son propriétaire, Orbôlios.

C’est encore à Martigues, sur le site de Saint-Pierre, que l’on trouve, datée du début du IIème siècle, une série de 20 vases (céramique à pâte claire massaliote) sur lesquels le propriétaire a écrit son nom : Ritumos. L’une des cruches de Ritumos porte aussi, sur deux lignes, un autre nom suivi, semble-t-il, d’un patronyme, Bitouclobios Aisianios (Bitouclobios, fils d’Aisianos).

ORBOLIOS

ORBOLIOS

BITOUCLOBIOS AISIANOS

BITOUCLOBIOS AISIANOS

Toutes les inscriptions sont en lettres capitales, ce qui est la pratique normale dans le monde grec sur un tel type de support, même s’il existe, depuis le IIIème siècle avant JC, une écriture cursive.

Ce n'est finalement qu'après quatre siècles d’existence que l'écriture gauloise s'éteint, sous le poids de l'emprise romaine, de ses mœurs et de ses institutions. Il resterait cependant dans la langue française environ 150 mots d'origine gauloise : "truand", "magouille", "boue", "ruche", ou encore "tonneau".

Musée de l'Hôtel Dieu à Cavaillon : épitaphe gallo-grecque « Missoukos, fils de Silo », IIème siècle avant JC.

Musée de l'Hôtel Dieu à Cavaillon : épitaphe gallo-grecque « Missoukos, fils de Silo », IIème siècle avant JC.

 

Sources

Inscription en tête d'article : bloc de pierre de Vaison-la-Romaine (Vaucluse), dédicace d'un nemeton (enclos sacré) à la déesse Belisama, IIème siècle av. J.-C.

 

Quelle langue écrivaient les Gaulois ? (radiofrance.fr)

 

D’un monde à l’autre - Grec et gallo-grec : les graffites sur céramique aux sources de l’écriture en Gaule méridionale (IIe-Ier s. av. J.-C.) - Publications du Centre Jean Bérard (openedition.org)

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