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Publié par Andreas N.

Les Dragospita, maisons de dragons

Parmi les hautes collines, dans le sud de l’île d’Eubée (Grèce), dominent des complexes de bâtisses en pierre qui se distinguent par la taille monumentale des éléments de construction et par les toits semi-ouverts. Ces bâtisses mégalithiques sont appelées les « maisons de dragons » (Τα δρακόσπιτα – Ta dragospita) ; on ne les trouve nulle part ailleurs et elles datent probablement d’une période allant du VIème siècle au IIème siècle avant JC.

L'île d'Eubée (en rouge)

L'île d'Eubée (en rouge)

Le sud de l'île (entouré en bleu)

Le sud de l'île (entouré en bleu)

Quelques sites de dragospita.

Quelques sites de dragospita.

Leur existence reste en partie mystérieuse. Aussi, une vieille tradition dit qu'elles étaient habitées par des dragons … D'autres hypothèses, plus sérieuses, émergent au fur et à mesure des recherches effectuées sur le terrain.

Ces dragospita sont construites en pierres sèches carrées ou oblongues et relativement plates. Ces pierres sont assemblées les unes aux autres sans aucun mortier ; elles tiennent par leur poids. Les espaces sont complétés par des pierres plus petites. Le toit est remarquablement bâti d’énormes blocs qui se rapprochent de plus en plus, laissant au centre une ouverture oblongue ou rectangulaire, selon la forme de la base.

Aujourd’hui, la plupart des maisons de dragons conservées sont en excellent état. La pierre grise de la région domine ; tout autre matériau de construction est absent. Ont été retrouvés dans une structure souterraine à côté d’une de ces maisons, des os d’animaux, des fragments de récipients et des restes de sacrifices.

Les Dragospita, maisons de dragons
Les Dragospita, maisons de dragons
Les Dragospita, maisons de dragons
Les Dragospita, maisons de dragons

Deux principaux sites méritent notre attention : le site de Styra et le site du Mont Ochi.

Sur le site des environs de Styra (ou Pallis-Laka), nous pouvons admirer trois bâtiments qui forment un "U". Deux mesurent 12,40 m x 6,20 m au nord et au sud, l’autre à l’est mesure 6,20 m x 5,80 m. Ce complexe, agencé tel une ferme, fait partie des sept « maisons de dragons » préservées sur les pentes de ces montagnes. Les chercheurs tentent de le dater, de clarifier l’identité des constructeurs, mais aussi de révéler le mystère de son utilisation et de ses fonctions.

Notez le plan ainsi qu'une certaine symétrie.
Notez le plan ainsi qu'une certaine symétrie.

Notez le plan ainsi qu'une certaine symétrie.

Le site du Mont Ochi comprend une habitation située au sommet de Profitis Ilias (1398 mètres d'altitude). La construction mesure 12,7 m sur 7,7 m. L’entrée se compose de pilastres et d’un linteau monolithique ; son toit fait d’énormes pierres est bien conservé.

Sur la base des découvertes et des témoignages anciens, il est considéré comme un sanctuaire de Zeus et d’Héra, bien qu’il ait été précédemment interprété comme un avant-poste, un abri de carrière ou un lieu de résidence pour les soldats romains qui gardaient les carrières de marbre.

Sur le Mont Ochi
Sur le Mont Ochi

Sur le Mont Ochi

Le port de Karistos et le Mont Ochi en arrière-plan.

Le port de Karistos et le Mont Ochi en arrière-plan.

Les maisons de dragons ont donc récemment été interprétées comme des édifices religieux où les divinités grecques antiques étaient vénérées. D’autres les considèrent comme des fermes, des abris ou des bâtiments à usage militaire (avant-postes).

La « dragospita » du Mont Ochi a particulièrement attiré l’attention des chercheurs.

Théodoros Skouras (Θεόδωρος Σκούρας), dans son livre « Les dragospita d’Eubée » (Chalkida, 1991), s’appuie sur une quarantaine de chercheurs grecs et étrangers, pour avancer l’hypothèse d’un site religieux. La datation varie entre le XIIIème siècle et le IVème siècle avant JC. Il y voit un temple d’Héraclès (demi-dieu très fêté par les habitants de Karistos) construit vers l’an 1000 avant JC.

Le livre de Théodoros Skouras.

Le livre de Théodoros Skouras.

Le professeur Moutsopoulos qui a fouillé le site de Styra en 1959, soutient qu’il s’agit d’un temple et qu’il a été construit vers l’an 700 avant JC.

L'archéologue Efi Sakellaraki y voit un culte à Héra et à Zeus et le date du Vème siècle avant JC.

D’autres avancent l'hypothèse d'un temple d’Héra construit avant la guerre de Troie.

Les Dragospita, maisons de dragons

Les récentes recherches archéologiques donnent de nouvelles informations sur les maisons de dragons d’Eubée (17 août 2022, https://dasarxeio.com/) :

Selon l’annonce faite par le ministère de la Culture et des Sports, une équipe gréco-suisse dirigée par le Dr Angeliki G. Simosi (Éphorat des antiquités d’Eubée) et le professeur Karl Reber (École suisse d’archéologie en Grèce) a effectué des recherches sur le monument de Pallis-Lakka, cette maison située au sud de Styra.

« Le but de la recherche était de clarifier le plan et le mode de construction, mais surtout de collecter des fragments de céramique qui conduiront à une datation plus précise. Cette année, grâce aux résultats des fouilles, les archéologues ont réussi à confirmer que le monument de Pallis-Lakka a été construit dans l’Antiquité. Malgré les progrès réalisés concernant la datation des maisons de dragons, leur fonctionnement n’est pas encore clair », note le ministère de la Culture et des Sports et ajoute : « La découverte d’un « mur », d’environ 1m de large, à côté du complexe, offre de nouvelles preuves dans ce sens, bien que son utilisation soit encore inconnue et appartient à une deuxième phase de construction. »

Selon les informations du ministère de la Culture et des Sports, les maisons de dragons d’Eubée semblent avoir rempli différentes fonctions pendant plus de deux millénaires. La taille monumentale des pierres de construction ont fait croire aux habitants de la région qu’elles ont été construites par des « dragons », c’est-à-dire des géants anthropomorphes dotés de pouvoirs surnaturels. Les bâtiments situés dans les montagnes de la partie sud de l’Eubée n’ont pas encore révélé tous leurs secrets, et les recherches archéologiques tentent de résoudre le mystère de leur utilisation principale : petit sanctuaire, abri de carrière ou avant-poste ?

[ ... ] Le travail de l’équipe gréco-suisse vise également à mettre en valeur ces monuments, qui sont parmi les plus visités de la région, en fournissant des informations aux visiteurs grecs et étrangers.

Les archéologues de l’Ecole Suisse d’Archéologie, Chloé Chezeaux, Jérôme André, Nina Nicole et Tristan Allegro ont participé à l’équipe de recherche, tandis que pour le compte de l’Ephorat des Antiquités d’Eubée, la responsabilité scientifique sur place incombe au chef du département Fani Stavroulaki.

Les Dragospita, maisons de dragons
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