Du Péloponnèse à Sidi Mérouane …
Il est une petite ville d’Algérie, Sidi Mérouane, qui a été fondée au XIXème siècle par quelques familles venues de Cargèse, en Corse, village lui-même fondé par des Grecs d’Oitylo (ou Itylo), dans le Péloponnèse …
La baie et le village d'Oitylo (Grèce)
L’histoire de Cargèse est bien connue. En 1676, une petite colonie de six cents Grecs issus du village d’Oitylo (Οίτυλο), situé au sud du Péloponnèse dans la région du Magne, fuient l'occupation turque. Ils passent d’abord par la république de Gênes qui leur accorde des terrains abandonnés au maquis sur l’île de beauté (la Corse était alors génoise). Ces Grecs s'établissent à Paomia, à deux kilomètres à l'est de l'actuelle Cargèse.
Mal accueillie par les populations locales, la communauté de Paomia est détruite dès 1730. Face aux attaques, les Grecs doivent se réfugier tout près, dans la Tour génoise d'Omigna, puis à Ajaccio.
Une fois l’île devenue française, les Grecs reçoivent du gouverneur Marbeuf (1712-1786) le territoire de Cargèse où ils édifient un village de 120 maisons. Une centaine de familles grecques consentent à s’y établir à partir du mois de mai 1775. Marbeuf voit le village érigé en marquisat par le roi Louis XVI à son bénéfice ; il devient alors marquis de Cargèse.
Avec les années, les mariages mixtes ont mêlé les deux communautés de Cargèse, Grecs descendants de réfugiés et Corses.
Cargèse (Corse)
Mais, une centaine d'années après cette installation, en 1874, dix familles grecques de Cargèse et de Piana décident de repartir à l’aventure, pour fonder Sidi Mérouane en Algérie !
Depuis 1848, le peuplement officiel de l'Algérie a démarré avec la création de 42 "colonies agricoles". La particularité de Sidi Mérouane est d'avoir été créée uniquement par des familles corses grecques.
Appuyé par un des leurs établi à Constantine, M. Stephanopoli, un groupe de 33 chefs de famille arrive en pionnier pour établir les fondements de la colonie, munis des charrues, herses, outils, semences, mulets et chevaux nécessaires. Les enfants et le reste de la colonie suivent entre 1875 et 1877.
Les voilà avec femmes et enfants confrontés à toutes les difficultés de la mise en valeur de ce milieu naturel hostile. Les lots sont exigus, envahis de figuiers de Barbarie et de lentisques. Comme les autres colons, ils sont exposés aux fièvres paludéennes en raison de la proximité d'un marais, aux ophtalmies, à la sécheresse, aux invasions de criquets, aux incursions des pillards et surtout au manque de moyens économiques.
Désormais, ils ne peuvent plus retourner, ni en Corse, ni à Oitylo. Tout en mettant en culture leurs exploitations, ils vont construire leurs maisons sur le modèle de Cargèse, à étage, avec un escalier extérieur et des fenêtres étroites pour se préserver de la chaleur.
Le plan du village est rectiligne, réparti de part et d’autre d’une rue principale montant vers le « bordj », petit fortin avec réservoir d’eau. Le village qui comprend une église et une école est construit sous la direction de Thomas Rocchiccioli et de Philippe Casta. Il a pour maire Elie Stephanopoli jusqu’en 1892.
Les Gréco-Corses, venus avec un prêtre uniate (qui accepte les dogmes du catholicisme) de Cargèse, conservent leur culte à Sidi Mérouane jusque dans les années 1930 (baptême par immersion, signe de croix inversé, processions, offices, chants et prières en grec d’église).
Sidi Mérouane devient commune de plein exercice en 1881, elle fait partie du département de Constantine dans l'arrondissement de Mila.
En 1962, la population européenne a quitté la ville après l’indépendance de l’Algérie.
Sidi Mérouane, paysage (ainsi que la photo en-tête d'article).
A regarder, retour au pays … (video 9 mn) :
A vocation agricole, la commune de Sidi Mérouane n'a de nos jours aucune activité industrielle. Une station d'épuration a été inaugurée en 2009. La ville est traversée par la route nationale qui relie Mila à Grarem. La commune se trouve sur une plaine en légère pente bordée au nord en arc-de-cercle par le barrage de Beni Haroun, ce qui lui donne un aspect de presqu'île.
Le barrage de Beni Haroun est situé à l'extrême nord de la wilaya de Mila, au nord-est de l'Algérie. D'une hauteur de 118 m, il est le plus grand barrage en Algérie avec une capacité de 960 millions m3.
Sidi Mérouane est aujourd'hui une agglomération chef-lieu ; il existe trois agglomérations secondaires, Zaouia, Ferdoua et Ras El Bir.
Sidi Mérouane.
Nom arabe سيدي مروان
Nom amazigh (ou berbère) ⵙⵉⴷⵉ ⵎⴻⵔⵡⴰⵏ
Population : 23 088 habitants en 2008
Sources
Sidi Mérouane — Wikipédia (wikipedia.org)
“Histoire de la Corse”, Robert Colonna d’Istria, Editions France Empire, Paris 1995
Algérie - Sidi-Merouane — Geneawiki
Algérie - Centre de colonisation — Geneawiki
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