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Publié par Andreas N.

Retour au pays … Kastellorizo !

Cet article est un peu plus personnel que les autres.

En septembre dernier, sur la belle île de Kastellorizo, je faisais don au « musée archéologique et d’art populaire » de deux éléments du costume traditionnel féminin qui appartenaient à ma grand-mère maternelle, originaire, comme tous mes grands-parents d’ailleurs, de cette île du Dodécanèse.

L'archipel du Dodécanèse.
L'archipel du Dodécanèse.

L'archipel du Dodécanèse.

Ces objets personnels, très caractéristiques des traditions locales, ont quitté leur île pour Marseille dans les années 1920 et c’est donc un siècle après qu’ils y retournent !! Ce fut pour moi l’occasion de prendre contact avec les habitants de ce petit paradis que je remercie car leur accueil a été des plus chaleureux.

Le musée est le grand bâtiment blanc sur la gauche. L'ancienne mosquée, dont on aperçoit le minaret, en fait également partie.
Le musée est le grand bâtiment blanc sur la gauche. L'ancienne mosquée, dont on aperçoit le minaret, en fait également partie.

Le musée est le grand bâtiment blanc sur la gauche. L'ancienne mosquée, dont on aperçoit le minaret, en fait également partie.

La cour du musée.

La cour du musée.

Le costume traditionnel de Kastellorizo est réputé dans toute la Grèce pour sa grande richesse. L’île était prospère à la fin du XIXème siècle et au début du XXème. Le commerce était florissant, les femmes étaient élégantes et les boutiques dignes d’une capitale occidentale. L’habit dont je vous parle était jadis porté tous les jours par les femmes mariées de l'île. Le costume des jeunes femmes célibataires était plus simple, fait de tissus meilleur marché et sans ornements.

Kastellorizo, vers 1900.

Kastellorizo, vers 1900.

Cet habit local était donc sophistiqué, travaillé et composé des différents éléments suivants :

  • le kavadhi (καβάδι) : appelé aussi tunique dorée, il s’agit d’une robe luxueuse ouverte sur le devant qui se porte par-dessus une chemise. Le kavadhi est confectionné à partir d'un tissu doré, souvent décoré de motifs floraux et doublé de coton de couleur claire enrichi de brocarts. Le kavadhi peut avoir des manches étroites jusqu'au coude.
Exemples de Kavadhi fleuri. L'interieur est décoré de soie, de brocart et de velours.
Exemples de Kavadhi fleuri. L'interieur est décoré de soie, de brocart et de velours.

Exemples de Kavadhi fleuri. L'interieur est décoré de soie, de brocart et de velours.

Le Kavadhi de ma grand-mère, à présent au Musée.
Le Kavadhi de ma grand-mère, à présent au Musée.
Le Kavadhi de ma grand-mère, à présent au Musée.

Le Kavadhi de ma grand-mère, à présent au Musée.

  • le kondochi (κοντόχι) : gilet en velours, rouge vif, jaune ou bleu foncé, avec des manches jusqu'aux coudes et orné de broderies. Il se porte par-dessus le kavadhi. Il est souvent identifié au zepouni ou zipouni (ζεπούνι), généralement doublé de tissu en coton blanc.
Kondochi avec fourrure (gilet) de Kastellorizo.

Kondochi avec fourrure (gilet) de Kastellorizo.

Kondochi de ma grand-mère, à présent dans la collection du musée.
Kondochi de ma grand-mère, à présent dans la collection du musée.

Kondochi de ma grand-mère, à présent dans la collection du musée.

  • la pelisse ou gouna (γούνα) : vêtement, manteau orné de fourrure et de broderies. La fourrure peut être en peau de renard et peut aussi orner le gilet pour les grandes occasions.
Exemple de pelisse.
Exemple de pelisse.

Exemple de pelisse.

  • la culotte ou kontovratsi (κοντοβράτσι) : pantalon bouffant ou braies en coton blanc ou en soie, froncées à la taille et nouées sous le genou.

 

Exemple de kontovratsi.

Exemple de kontovratsi.

  • la chemise (πεκάμισα) : longue chemise à manches longues en coton blanc et en soie ; elle descend jusqu’aux genoux, elle est fermée au col par 6 fermoirs ronds en or appelés vouklès.
Exemple de chemise.

Exemple de chemise.

  • la ceinture (ζώσμα) : enroulée plusieurs fois autour de la taille, constituée de trois bandes d’étoffes, elle viendrait de Tripoli au Liban. Elle peut avoir des franges en soie.
Exemple de ceinture.

Exemple de ceinture.

  • les chaussettes (κάλτσες) : Les chaussettes étaient doubles et en coton. Les chaussettes intérieures étaient de couleur bleue ou jaune et les chaussettes extérieures de couleur blanche ou marron.
  • les mules (μυτερές παντόφλες) : pointues, plates et brodées d'or, elles pouvaient être de velours noir ou rouge.

 

Exemple de chaussettes et de mules.
Exemple de chaussettes et de mules.

Exemple de chaussettes et de mules.

  • Sur la tête, les femmes portaient généralement une « toque » recouverte d'un foulard.

La toque pouvait être un fessaki (petit fez) ou raxini (φεσάκι ou ραξίνι) avec ou sans pompon appelé founda (φούντα). Cette toque était attachée par un tsaki (τσακί) ou kaski (κασκί), bande de tissu rigide qui se portait en couronne, ou encore par un krèpi (κρέπι), grand châle.

Exemple de tsaki.

Exemple de tsaki.

  • Le krèpi (crêpe) donc, grand châle en soie (ou en laine) d’origine chinoise ou espagnole apportait la touche finale.
Retour au pays … Kastellorizo !
Retour au pays … Kastellorizo !

L’habit pouvait être décoré de bijoux :

  • Les boucles (βούκλες), d’or ou d’argent, elles ferment la chemise.
  • Le cordon, (κορδόνι), une série de pièces de monnaie de 5 livres recouvrant la poitrine.
  • Les boucles d'oreilles (σκουλαρίκια) sont composées d'une à trois pièces de monnaie en or.
  • La broche (καρφίτσα) fixait le crêpe et était également composée de trois souverains en or.
  • Bracelets et bagues (βραχιόλια και δαχτυλίδια).
Exemple de boucle.

Exemple de boucle.

Les femmes, afin de montrer les nombreux bijoux qu'elles portaient, avaient l'habitude de marcher les bras croisés sur la poitrine.

Retour au pays … Kastellorizo !

Une version simplifiée était donc portée au quotidien ; l’habit complet, avec bijoux, fourrure et parures, était plutôt réservé aux grandes occasions et surtout au jour du mariage. Mais le "kavadhi", par exemple, était aussi bien porté dans la vie de tous les jours que pour les grandes occasions, ce jusqu’en 1950 environ.

Par la suite la robe blanche de mariée, à l’occidentale, a remplacé l’habit traditionnel.

Retour au pays … Kastellorizo !

Le peintre Yannis Tsarouchis (1910-1989), un des plus importants pour le XXème siècle grec, exprimait son admiration pour le costume de cette île.

« Quand j'étais enfant, je vivais au Pirée. Chaque fois que je montais dans le train, j'étais très impressionné par les Kastelloriziès, les femmes de Kastellorizo. Les vêtements qu'elles portaient ont été les premiers exemples de costumes nationaux que j'ai vus quand j'étais enfant. Outre la beauté des couleurs, des velours et des tissus de soie, j'ai été très impressionné par la différence que ce monde avait avec les autres femmes européanisées, habillées à la mode parisienne ».

(extrait du livre de Maria Karavia « Le penseur de Maroussi », Éditions Kastaniotis, deuxième édition, Athènes 1988).

Yannis Tsarouchis.

Yannis Tsarouchis.

Ces paroles ont été rapportées lors d'un entretien donné à l’occasion d’une donation faite par Tsarouchis au musée Benaki d’Athènes. Cette donation consistait en une collection de peintures relatives aux costumes folkloriques grecs. Ces représentations ont été déposées pour un temps au département des costumes du musée du Louvre à Paris.

Tsarouchis, "fille près d'une table dans un intérieur".

Tsarouchis, "fille près d'une table dans un intérieur".

Ces femmes de Kastellorizo, dans le port du Pirée, fuyaient alors les grandes catastrophes qui n'ont cessé de frapper leur île, à la recherche d’une vie meilleure. Peut-être Tsarouchis, a-t-il croisé ma grand-mère en partance pour Marseille où l’attendait son futur époux …

Le Pirée dans les années 1920.

Le Pirée dans les années 1920.

Aujourd’hui, ces costumes ont leur place dans les plus grands musées de Grèce, pays qui cultive l’art de ses traditions populaires. Le Musée National d’Histoire d’Athènes et le nouveau Musée de la Culture Moderne, notamment, en possèdent de très beaux exemples.

Défilé à Thessalonique, le 28/10/2023, en costume de Kastellorizo. Atelier de danse traditionnelle des Enseignants des écoles maternelles de Thessalonique.

Défilé à Thessalonique, le 28/10/2023, en costume de Kastellorizo. Atelier de danse traditionnelle des Enseignants des écoles maternelles de Thessalonique.

Les tissus et les bijoux de ce riche costume provenaient des quatre coins du monde. Les navigateurs de l’île, au retour de leurs voyages en Egypte, en Australie ou en Chine, rapportaient les plus belles étoffes.
La richesse du costume témoignait de l’aisance matérielle des jeunes mariées, de même que les somptueux bijoux, broches, chaînettes, boucles d’oreilles, bracelets aux poignets et bagues aux doigts.

Retour au pays … Kastellorizo !

J’avais donc hérité d’une partie de ces étoffes et j’ai trouvé plus juste de les céder au musée de l’île, plutôt que de les conserver dans une armoire. Elles pourront ainsi être admirées dans leur contexte naturel et initial.

Le voyage, motivé par cette donation,  a été en même temps l'expérience d’une séparation matérielle, en cédant ces vêtements, et de retrouvailles humaines, en rencontrant des parents éloignés …

Musée Historique National d'Athènes, 18ème siècle.

Musée Historique National d'Athènes, 18ème siècle.

Cent ans loin de la terre natale ... Mais l’histoire de ces Grecs ne s’est pas arrêtée là. La ville de Marseille notamment a pris le relai et nous pouvons découvrir quelques précieux éléments de ces destins dans le livre de Ioanna Moussikoudi « les Grecs de Marseille ».

Retour au pays … Kastellorizo !

Les éléments de civilisation auxquels je fais allusion sont décrits de façon détaillée dans le très beau livre réédité récemment par l'"Association des Kastelloriziens de Part le Monde" (ΣYΝΔΕΣΜΟΣ ΤΩΝ ΑΠΑΝΤΑΧΟΥ ΚΑΣΤΕΛΛΟΡΙΖΙΩΝ), fondée en 1922 au Pirée :

Retour au pays … Kastellorizo !
Retour au pays … Kastellorizo !

Quant à ma grand-mère, Aikaterini Skopeliti, elle est disparue très jeune et ses trois filles ont conservé et transmis sa touchante mémoire.

 

Mon grand-père, Michel (Kyr)Nikitas et ma grand-mère Catherine Skopeliti.

Mon grand-père, Michel (Kyr)Nikitas et ma grand-mère Catherine Skopeliti.

"Un don pour le musée de Kastellorizo" : Article paru dans le journal local.

"Un don pour le musée de Kastellorizo" : Article paru dans le journal local.

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S
Quel émouvant retour aux sources!<br /> Je viens de découvrir votre blog par ce premier article et me réjouis de pouvoir en lire bien d’autres …
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A
Merci pour ce message. Bonne lecture !
U
Merci Andeas.<br /> J'ai lu et regardé avec intérêt ce que tu écris avec simplicité et authenticité sur l'île,<br /> sur la tradition de grande richesse dont témoigne la robe de ta grand-mère.<br /> Votre voyage été 2024 a été une belle expérience .<br /> Amitié.<br /> Filakia.Ùrsula Meyer-Lapyuade.<br /> Aix-en-Provence, le 1 décembre 2024.
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A
Merci pour ce message Ursula !
O
Votre récit au fondement autobiographique est un complément bienvenu à votre précédent article "Kastellorizo, une île au bout de l’Europe".
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A
Oui, mes lointaines racines ... Bonne journée !
A
Super et émouvant! As-tu reçu ma pré-invitation à toi ainsi qu'à JM ? Bisoux
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A
Merci Annie. Oui, nous l'avons reçue !