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Publié par Andreas N.

Une place pour George Canning

Récemment, un ami nous a fait connaitre une très bonne taverne crétoise située sur la place Kaningos à Athènes (Πλατεία Κάνιγγος).

Cette place est traversée par de nombreux bus qui prennent ensuite l’avenue de l’Académie (Ακαδημίας). Quelques aménagements (arbres, bancs …) la rendent fréquentable aux piétons pour qui elle reste un lieu de passage presque inévitable dans le centre de la capitale grecque.

Une place pour George Canning
Une place pour George Canning

Mais d’où vient ce nom de Kaningos ? Les Athéniens eux-mêmes sauraient-ils répondre ? Une statue peut nous aider. Il s’agit en fait de l’hellénisation du nom de George CANNING, homme d'Etat britannique, poète et, bien entendu, philhellène.

Statue de George Canning sur la place Kaningos.

Statue de George Canning sur la place Kaningos.

George Canning est né à Londres en 1770, il y meurt en août 1827.

Canning perd son père tôt, mais il accomplit de brillantes études grâce au soutien financier de son oncle. Il fréquente le collège d’Eton, élitiste, très coûteux et considéré comme la « pouponnière » attitrée de la famille royale d'Angleterre et de l'aristocratie.

Eton College et portrait de Canning.
Eton College et portrait de Canning.

Eton College et portrait de Canning.

Canning publie, dès l'âge de 16 ans, le Microcosme (The Microcosm), journal littéraire plein de goût et de fine raillerie.

Une place pour George Canning

Puis il entre en 1793 à la Chambre des Communes et se fait bientôt remarquer par son éloquence. Nommé sous-secrétaire d'Etat en 1796, il devient ministre des affaires étrangères en 1807.

Ecarté un temps des hautes fonctions, il retourne sur le devant de la scène en 1812 et exerce différents postes pour le compte du gouvernement de Lord  Liverpool.

Robert Jenkinson, 2ème comte de Liverpool. Huile sur toile de Thomas Lawrence, avant 1827, National Portrait Gallery, Londres.

Robert Jenkinson, 2ème comte de Liverpool. Huile sur toile de Thomas Lawrence, avant 1827, National Portrait Gallery, Londres.

Ambassadeur au Portugal, président du Bureau de contrôle, leader de la Chambre des communes … en 1822, Canning retrouve son poste de ministre des Affaires étrangères et obtient de nombreux succès diplomatiques et commerciaux. Dès 1824, son gouvernement soutient le combat des Grecs pour accéder à l’indépendance. En 1826, Canning signe avec la France et la Russie, l’accord de paix entre les Grecs et les Ottomans.

Germanos, l'évêque de Patras, donnant le signal de l'insurrection.

Germanos, l'évêque de Patras, donnant le signal de l'insurrection.

L’historien G. M. Trevelyan (1876-1962) écrit :

« Pendant cinq ans, l’Angleterre fut guidée par le génie de Canning, et rarement autant d’éclat et de sagesse se combinèrent de la sorte pour produire des résultats aussi heureux. »

G.M. Trevelyan.

G.M. Trevelyan.

Puis, Canning devient premier ministre en avril 1827, il est choisi pour succéder à Liverpool, démissionnaire. Issu du courant conservateur, il se montre pourtant de plus en plus favorable aux idées libérales ; il appuie l'émancipation des catholiques d'Irlande, il éloigne son pays de la Sainte-Alliance et il prépare l'indépendance de la Grèce.

La Sainte-Alliance est établie par un traité signé à Paris le 26 septembre 1815 par Alexandre Ier de Russie, l'empereur d'Autriche et le roi de Prusse. Elle entend fonder la paix sur les préceptes de la religion chrétienne. Elle reçoit l'adhésion de la plupart des Etats européens mais sera dissoute de fait en 1825, à la mort de l'empereur Alexandre Ier.

La Sainte-Alliance est établie par un traité signé à Paris le 26 septembre 1815 par Alexandre Ier de Russie, l'empereur d'Autriche et le roi de Prusse. Elle entend fonder la paix sur les préceptes de la religion chrétienne. Elle reçoit l'adhésion de la plupart des Etats européens mais sera dissoute de fait en 1825, à la mort de l'empereur Alexandre Ier.

La bataille de Navarin peinte par Louis Garneray. Musée des Beaux-Arts de Narbonne.

La bataille de Navarin peinte par Louis Garneray. Musée des Beaux-Arts de Narbonne.

La bataille de Navarin qui se déroule le 20 octobre 1827 dans la baie de Navarin (Ouest du Péloponnèse), est une victoire décisive qui ouvre à la Grèce la voie de l’indépendance. Derrière ce succès se trouve clairement la volonté de George Canning, alors premier ministre, car il donne pour instruction à l’Amiral Codrington de concrétiser l'accord de paix de 1826, y compris par la force.

Hélas, la santé de Canning décline rapidement et il meurt d’une pneumonie quatre mois à peine après avoir repris ses fonctions de premier ministre.

Il disparait donc prématurément, avant de voir la Grèce accéder à son indépendance. Il avait cultivé la poésie avec succès dans sa jeunesse et nous laisse son puissant poème, l'Esclavage de la Grèce, qui révèle une imagination brillante en même temps qu'un vif amour de la liberté.

 

« L’Esclavage de la Grèce » dans sa version originale (je n’ai pas réussi à mettre la main sur une version française du poème) :

The Slavery Of Greece

Unrivall'd Greece! thou ever honor'd name,
Thou nurse of heroes dear to deathless fame!
Though now to worth, to honor all unknown,
Thy lustre faded, and thy glories flown;
Yet still shall Memory, with reverted eye,
Trace thy past worth, and view thee with a sigh.


Thee Freedom cherish'd once with fostering hand,
And breath'd undaunted valour through the land;
Here, the stern spirit of the Spartan soil,
The child of poverty, inur'd to toil.


Here, lov'd by Pallas and the sacred Nine,
Once did fair Athens' tow'ring glories shine,
To bend the bow, or the bright faulchion wield,
To lift the bulwark of the brazen shield,
To toss the terror of the whizzing spear,
The conqu'ring standard's glitt'ring glories rear,
And join the mad'ning battle's loud career.


How skill'd the Greeks; confess what Persians slain
Were strew'd on Marathon's ensanguin'd plain;
When heaps on heaps the routed squadron fell,
And with their gaudy myriads peopled hell.
What millions bold Leonidas withstood,
And seal'd the Grecian freedom with his blood;
Witness Thermopylæ! how fierce he trod!
How spoke a hero, and how mov'd a God!
The rush of nations could alone sustain,
While half the ravag'd globe was arm'd in vain.
Let Leuctra say, let Mantinea tell,
How great Epaminondas fought and fell!


Nor war's vast art alone adorn'd thy fame,
"But mild philosophy endear'd thy name."
Who knows not, sees not with admiring eye,
How Plato thought, how Socrates could die?


To bend the arch to bid the column rise,
And the tall pile aspiring pierce the skies;
The awful scene magnificently great,
With pictur'd pomp to grace, and sculptur'd state,
This science taught; on Greece each science shone:
Here the bold statue started from the stone;
Here, warm with life, the swelling canvass glow'd;
Here, big with life, the poet's raptures flow'd;
Here Homer's lip was touch'd with sacred fire,
And wanton Sappho tun'd her am'rous lyre;
Here bold Tyrtæus rous'd th' enervate throng
Awak'd to glory by th' inspiring song;
Here Pindar soar'd a nobler, loftier way,
And brave Alcæus, scorn'd a tyrant's sway;
Here gorgeous Tragedy, with great controul,
Touch'd every feeling of th' impassion'd soul;
While in soft measure tripping to the song,
Her comic sister lightly danc'd along—


This was thy state! But oh! how chang'd thy fame,
And all thy glories fading into shame.
What! that thy bold, thy freedom-breathing land,
Should crouch beneath a tyrant's stern command;
That servitude should bind in galling chain;
Whom Asia's millions once oppos'd in vain,
Who could have thought? Who sees without a groan,
Thy cities mould'ring and thy walls o'erthrown?
That where once tower'd the stately solemn fane,
Now moss-grown ruins strew the ravag'd plain;
And unobserv'd but by the traveller's eye
Proud vaulted domes in fretted fragments lie;
And thy fall'n column on the dusty ground,
Pale ivy throws its sluggish arms around.


Thy sons (sad change!) in abject bondage sigh;
Unpitied toil, and unlamented die;
Groan at the labours of the galling oar,
Or the dark caverns of the mine explore.
The glitt'ring tyranny of Othman's sons,
The pomp of horror which surrounds their thrones
Has aw'd their servile spirits into fear;
Spurn'd by the foot, they tremble and revere.


The day of labour, night's sad sleepless hour,
Th' inflictive scourge of arbitrary pow'r,
The bloody terror of the pointed steel,
The murd'rous stake, the agonizing wheel,
And (dreadful choice!) the bow-string or the bowl,
Damps their faint vigour, and unmans the soul.


Disastrous fate! still tears will fill the eye,
Still recollection prompt the mournful sigh,
When to thy mind recurs thy former fame,
And all the horrors of thy present shame.


So some tall rock, whose bare broad bosom high,
Tow'rs from th' earth, and braves th' inclement sky;
On whose vast top the blackening deluge pours,
At whose wide base the thund'ring ocean roars;
In conscious pride its huge gigantic form
Surveys imperious, and defies the storm.
Till worn by age and mould'ring to decay,
Th' insidious waters wash its base away;
It falls, and falling cleaves the trembling ground,
And spreads a tempest of destruction round.

Une place pour George Canning
Une place pour George Canning
Une place pour George Canning

Ce poème souligne le contraste entre la glorieuse Grèce antique et la misère de ce pays sous le joug ottoman à l’époque de Canning. Liberté et grandeur autrefois, à présent oppression et ruines.

Canning évoque avec tristesse ce déclin mais aussi la lutte du peuple grec pour retrouver sa dignité.

Certainement influencé par Lord Byron, le poète en appelle à Epaminondas, Léonidas, Socrate, Platon, Sappho … il les oppose à l’obscurantisme de la tyrannie ottomane.

La Grèce sur les ruines de Missolonghi, Eugène Delacroix 1826.

La Grèce sur les ruines de Missolonghi, Eugène Delacroix 1826.

Pourtant, qui se souvient aujourd’hui de George Canning, véritable poète philhellène ?

Heureusement, le musée du Philhellénisme à Athènes conserve quelques traces et notamment une version française de son œuvre poétique (image ci-dessous).

Une place pour George Canning

En son temps, il reçut tous les honneurs dus à son rang. Sa tombe se trouve à l’abbaye de Westminster.

Statue of George Canning in the north transept of Westminster Abbey

Statue of George Canning in the north transept of Westminster Abbey

Statue of George Canning, Parliament Square, London.

Statue of George Canning, Parliament Square, London.

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A
Merci André pour la découverte de ce personnage phare .
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A
Content de te lire ! Merci.
A
Tu sors de l’oubli une figure phare pour l’independance de la Grèce. Merci car je ne connaissais pas su tout.🥰
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U
Merci pour cette belle page d'histoire si bien documentée !
Répondre
A
Merci pour cette découverte toujours aussi intéressante! Biz AmA
Répondre
A
Et à bientôt 😉. Bises.